Après des années de quotas de pêche drastiques, peut-on aujourd'hui savourer du thon rouge en toute tranquillité ? Avec l'émergence de l'écolabel «Pêche durable», faisons le point sur cette pêche controversée.
L'essor des techniques de pêche et la popularité croissante des sushis et sashimis ont suscité des inquiétudes chez les scientifiques dès le début des années 2000. En France, les captures de thon rouge ont atteint 50 000 tonnes annuellement dans les années 1990, une tendance qui a perduré jusqu'en 2007 selon l'Ifremer (l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer). Ce n'est qu'en 2008, face à l'alerte de l'effondrement total des stocks, que des mesures globales ont été mises en place, réduisant les quotas de pêche de 75%. Chaque thon pêché est désormais marqué pour assurer sa traçabilité. À peine débarqué, chaque thon rouge est inspecté par un agent de l'État. Alors que le nouvel écolabel «Pêche durable» sera certifié cet été, des experts nous éclairent sur la question qui préoccupe tant les amateurs : peut-on encore consommer du thon rouge ?
Thon rouge vs thon albacore
Manger du thon albacore est acceptable, car la ressource est disponible.
Pour bien comprendre les enjeux autour du thon rouge, il est crucial de faire la distinction entre les différentes espèces. Le concept de "surpêche" est plus pertinent que celui d'"extinction" en effet. Comme l'explique Jérôme Lafon, il existe trois types de thons rouges : le thunnus thynnus de l'Atlantique et les autres espèces présentes dans le Pacifique, soit thunnus orientalis et thunnus maccoyii. Le thon rouge est principalement pêché en Europe, notamment en Méditerranée, où sa population commence à se rétablir.
Cependant, il est vital de noter que tout thon rouge en couleur n’est pas nécessairement un thon rouge ! De nombreux restaurants proposent du thon albacore à la place du thon rouge à des prix similaires. Cela peut être considéré comme une escroquerie selon Jérôme Lafon. Le thon albacore, bien que moins en danger, fait aussi face à sa propre surpêche, notamment en raison de pratiques peu durables.
Risque d'effondrement des stocks
Selon Jérôme Lafon, "la pêche commerciale ne conduira pas à l'extinction du thon rouge, mais elle pourrait réduire sa biomasse". Cependant, François Chartier partage une opinion plus pessimiste. Il cite l'exemple du cabillaud de Terre-Neuve qui, en raison d'une surpêche gravissime, a disparu d'une région sans perspectives de retour. La réalité est que l'effondrement des stocks peut mener à l'extinction d'une espèce, si les régulations ne sont pas respectées.
L'arrêté du 7 février 2019 a fixé un quota de 5 458 tonnes pour le thon rouge dans l'Atlantique. Bien que ce nombre puisse sembler approprié, les quotas actuels sont à la hausse, avec un retour probable à un état plus normal, selon Stéphane Minot, artisan poissonnier. En revanche, François Chartier craint une remontée des quotas due à la pression des industriels, soutenue par des données biaisées, renforçant ainsi la nécessité de d’évaluer le marché de la pêche illégale. Pour Stéphane Minot, la consommation de thon rouge devrait se faire avec parcimonie, recommandant de déguster ce poisson seulement deux fois par mois.
Promouvoir la pêche durable
Concernant la consommation actuelle, il est important à noter que 90% des thons rouges pêchés en France sont exportés vers le Japon. Selon Stéphane Minot, les prix dans l'Hexagone ne reflètent pas la demande locale due aux disparités de revenus sur le marché japonais. Le poisson est vendu considéré comme un luxe, au prix de 59 à 69,90 € par kilo. Jérôme Lafon insiste sur l'importance de partager des informations avec les scientifiques pour éviter la répétition d'une crise comme celles observées en 2008.
L'écolabel "Pêche durable", à paraître cet été, pourrait être un outil efficace pour distinguer les pratiques de pêche responsables. François Chartier reste cependant sceptique : si les techniques de pêche industrielle continuent à surexploiter les ressources, ce label pourrait perdre de sa valeur. Il est donc crucial de modérer notre consommation et de privilégier les produits issus de pêches locales et durables.







