Où qu'ils soient, ces gourmets immortaliseront leur assiette. Qui sont donc ces paparazzis de la gastronomie ?
Avec l'explosion des réseaux sociaux, une nouvelle génération de gastronomes s'est formée, capturant chaque plat photographié.
Aujourd'hui, nous devenons des touristes de nos propres repas, si bien que l'acte de manger est souvent précédé de la prise de photo. "Le clic de l'appareil photo devient le signal du festin qui commence", ironise Mathilde Dewilde, blogueuse culinaire ayant récemment publié Foodista. Traité pratique d'une gourmande accomplie. Avec smartphone à la main, les amateurs de gastronomie, et même ceux qui mangent au quotidien, deviennent des paparazzis de la nourriture. Chaque plat n'est pas seulement une expérience gustative, il devient une image virtuellement archivées, prête à être partagée instantanément sur les réseaux sociaux. Le Black Angus devient une bellissime image sur votre écran de téléphone.
Des établissements renommés, tels que Chez Septime à Paris, reconnaissent l'impact des réseaux sociaux sur leur succès. "Sans Twitter, nous ne serions pas aussi populaires", confie l'équipe du restaurant. Dans le cas d'Alain Passard et de son restaurant étoilé L'Arpège, son fameux dessert "tarte aux pommes en bouquet de roses" a aussi connu un grand succès grâce à l'attention des photographies partagées, selon Damien Duquesne, fondateur du Salon du blog culinaire.
Une marée de photos : 10 milliards en 2011
"Autrefois, on se moquait des Japonais pour leur obsession de photographier chaque plat. Maintenant, nous devons admettre que cette tendance est universelle", observe Jean-Pierre PJ Stéphan, créateur du Festival international de la photographie culinaire (FIPC). Ce festival, au cœur de Paris, a vu sa participation exploser : de 380 passionnés en 2011, le nombre de candidatures a franchi le millier cette année. L'Hôtellerie Restauration a signalé qu'en 2011, plus de 10 milliards de photos de plats cuisinés ont été publiées en ligne, dont un sur cinq sur Facebook.
Que ce soit un cheese cake tendance ou même une barquette de frites, la qualité esthétique prime pour beaucoup. "Il faut toujours partager ce qu'on mange, même un simple café au bureau", souligne Damien Duquesne. Cette habitude est devenue une véritable contagion. Cependant, la qualité des clichés reste variable et, selon PJ Stéphan, "ces images ne représentent pas toujours l'art culinaire".
L'impact sur le moment gastronomique
Apparue en 2011, Instagram a rapidement gagné le cœur des passionnés de cuisine. Grâce à cette plateforme, il est désormais facile de prendre de belles photos, même dans des conditions d'éclairage difficiles. Les filtres proposés transforment les clichés en œuvres d'art, ce qui accroît l’attrait visuel des plats. D'autres applications comme Food Reporter permettent de partager en temps réel ses repas, tandis qu'Evernote Food ajoute même la géolocalisation aux images.
Mais ce besoin de capturer le moment a un revers : la photographie peut parfois interrompre l'expérience culinaire. "En photographiant, on arrête le temps et on oublie de savourer chaque bouchée", remarque Pierre Gagnaire, chef étoilé. D'autres chefs, comme Alexandre Gauthier, ont même mis en place des restrictions sur les prises de vue dans leur restaurant, soulignant la nécessité de redécouvrir la simplicité du repas sans distractions technologiques.
Au sommet de la hiérarchie, même des personnalités politiques succombent à cette tendance : Cécile Duflot a récemment partagé une photo de son chili con carne, rappelant que l'art du food reportage exige de l'expertise pour donner envie. En somme, la photographie culinaire est devenue une discipline à part entière, où l'esthétique rejoint le plaisir gastronomique.







